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Industrie11 min de lecture

Faux DPE : détecter les diagnostics énergétiques falsifiés

Faux DPE, diagnostics gonflés, fraude documentaire : comment agences, bailleurs et notaires vérifient l'authenticité d'un diagnostic énergétique en 2026.

L'équipe CheckFile
L'équipe CheckFile·
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Un DPE falsifié permet à un bailleur de continuer à louer un logement classé G ou F malgré l'interdiction légale, ou de vendre un bien à un prix supérieur à sa réalité thermique. Le phénomène n'est pas marginal : le ministère du Logement évalue à environ 70 000 le nombre de DPE potentiellement frauduleux sur les 4 millions réalisés chaque année, un phénomène qui toucherait 1,3 million de logements (SeLoger, chiffres du gouvernement). Pour les agences, bailleurs institutionnels, syndics et notaires, ce document technique de quelques pages est devenu une pièce à haut risque dans chaque dossier de location ou de vente.

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique, financier ou réglementaire. Les références réglementaires sont exactes à la date de publication. Consultez un professionnel qualifié pour un accompagnement adapté à votre situation.

Pourquoi le DPE est devenu une cible de fraude depuis 2025

La loi Climat et Résilience (n° 2021-1104) a transformé un document jusque-là informatif en verdict qui conditionne le droit de louer. Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G au DPE sont interdits à la location en France métropolitaine ; l'interdiction s'étendra aux logements F au 1er janvier 2028 puis aux logements E au 1er janvier 2034 (service-public.fr, calendrier des interdictions de location). Pour un bailleur dont le logement bascule en catégorie interdite, trois options existent : rénover, retirer le bien du marché locatif, ou obtenir un DPE plus favorable que la réalité du bâti. La troisième option nourrit directement la fraude documentaire.

Le mécanisme est simple à comprendre depuis le terrain. Un diagnostiqueur pressé par un client, ou peu scrupuleux, ajuste les paramètres de calcul (surface, isolation déclarée, type de menuiseries) sans visite conforme, voire sans visite du tout. Le DPE qui en résulte affiche une étiquette E ou D là où un diagnostic rigoureux aurait produit un F ou un G. Sur le forum Que Choisir, un utilisateur rapporte le cas d'un logement loué plusieurs années avec un DPE E, requalifié en G lors de la mise en vente — avec, entre-temps, des pressions de l'agence pour obtenir une étiquette F plus vendable (forum.quechoisir.org). Un autre témoignage recueilli par France 2 résume l'expérience de nombreux acquéreurs : « Nous avons acheté une maison annoncée D, nous avons fait refaire un DPE. Résultat : F, on s'est clairement fait avoir » (franceinfo, enquête sur les DPE).

Ce que dit la loi sur le faux DPE

Un DPE falsifié n'est pas une simple erreur d'appréciation technique, c'est un document engageant plusieurs responsabilités superposées. L'arrêté du 8 octobre 2021 relatif au DPE fixe la méthode de calcul opposable ; un diagnostic qui s'en écarte délibérément sort du cadre réglementaire. Lorsque la falsification est intentionnelle, les faits peuvent être qualifiés de faux et usage de faux au sens de l'article 441-1 du code pénal, passible de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende (Légifrance, article 441-1 du code pénal). Le bailleur qui loue malgré une interdiction, ou qui use d'un DPE inexact dans une annonce, s'expose en parallèle à des sanctions pour pratique commerciale trompeuse, jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende (TotalEnergies, interdictions de location passoires thermiques).

Le Code de la construction et de l'habitation encadre par ailleurs la certification des diagnostiqueurs eux-mêmes, avec un régime de sanctions désormais nettement durci. Deux arrêtés publiés le 18 juin 2025, dans le sillage de la loi Cazenave du 30 juin 2025, ont introduit le recours à l'intelligence artificielle pour repérer automatiquement les DPE suspects et porté les contrôles terrain de 3 000 à 10 000 par an (Crédit Agricole, fraude au DPE et contrôles renforcés). En cas de fraude avérée, la certification du diagnostiqueur est suspendue immédiatement, avec interdiction de réinscription pendant 18 mois, portée à 24 mois en cas de récidive ; le professionnel est en outre inscrit sur une liste noire pour la même durée.

Classe DPE Interdiction de location Texte de référence
G Depuis le 1er janvier 2025 Loi Climat et Résilience n° 2021-1104
F À partir du 1er janvier 2028 Loi Climat et Résilience n° 2021-1104
E À partir du 1er janvier 2034 Loi Climat et Résilience n° 2021-1104

Ce calendrier s'applique en métropole ; les départements et régions d'outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion, Mayotte) disposent d'un délai supplémentaire de trois ans pour chaque échéance.

Comment un DPE est falsifié en pratique

Trois schémas reviennent le plus souvent dans les dossiers signalés à la DGCCRF et les recours engagés par des acquéreurs. Le premier consiste en un diagnostic réalisé sans visite conforme du logement, où le diagnostiqueur reprend des données génériques ou celles d'un bien voisin. Le second repose sur une manipulation volontaire des paramètres saisis dans le logiciel de calcul réglementaire — surface habitable gonflée, épaisseur d'isolant surestimée, menuiseries déclarées à double vitrage récent alors qu'elles datent de plusieurs décennies. Le troisième, plus rare mais documenté par les enquêtes de terrain, est la falsification pure du document final : un rapport recomposé numériquement avec une étiquette énergétique modifiée après coup, sans lien avec un calcul réel.

Sur les forums spécialisés et les retours d'agences, les questions reviennent systématiquement : comment savoir si le diagnostiqueur est venu réellement visiter le logement, pourquoi deux DPE réalisés à quelques mois d'intervalle affichent des étiquettes différentes, et vers qui se retourner quand le DPE fourni par le vendeur ne correspond pas à la réalité constatée après achat. Ces interrogations, documentées notamment sur le forum Que Choisir et dans l'enquête de France 2 consacrée aux DPE, traduisent un manque de repères simples pour distinguer une variation légitime d'un signal de fraude (forum.quechoisir.org, DPE frauduleux avant achat).

Signal Interprétation légitime Signal d'alerte
Écart entre deux DPE successifs Rénovation réelle entre les deux visites Aucun justificatif de travaux, écart de plusieurs classes
Numéro DPE absent ou illisible Édition récente en attente de synchronisation Numéro inexistant sur l'Observatoire ADEME
Diagnostiqueur non identifiable Sous-traitance déclarée à un confrère certifié Certification expirée ou suspendue
Volume de DPE du diagnostiqueur Activité normale d'un cabinet établi Plus de 1 000 DPE réalisés en un an sans justification

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Comment vérifier l'authenticité d'un DPE

Chaque DPE valide est enregistré et rattaché à un numéro unique de 13 caractères, seul élément réellement opposable pour prouver son authenticité. La vérification s'effectue sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME, où la saisie du numéro à 13 caractères permet de retrouver la fiche de synthèse officielle du diagnostic ; l'absence de résultat signifie que le DPE n'a jamais été enregistré et n'est donc pas opposable (observatoire-dpe-audit.ademe.fr). Depuis septembre 2025, chaque DPE et le certificat du diagnostiqueur portent également un QR code officiel renvoyant vers cette même base, ce qui permet un contrôle immédiat de l'identité du professionnel et du statut de sa certification.

Pour une agence, un syndic ou un service de financement qui traite plusieurs dizaines de dossiers par semaine, ce contrôle manuel — recopier un numéro à 13 caractères, ouvrir un portail externe, comparer les champs un par un — devient vite un goulot d'étranglement, surtout lorsqu'il faut le répéter pour chaque pièce du dossier (DPE, mais aussi titre de propriété, justificatifs de revenus, attestations RGE). Selon l'ACFE, la détection manuelle de la fraude documentaire ne capte en moyenne que 37 % des cas, avec un délai de découverte moyen de 87 jours (ACFE 2024 Report to the Nations) — un écart de temps largement suffisant pour qu'une transaction ou un bail litigieux soit déjà signé. En France, 69 % des entreprises se déclarent victimes de fraude selon la dernière enquête PwC (PwC France, Economic Crime Survey 2025), un contexte qui pousse les professionnels de l'immobilier à industrialiser ces contrôles plutôt que les traiter au cas par cas.

Ce que change une vérification automatisée

Une analyse multi-couche (structurelle, métadonnées, cohérence inter-documents) appliquée au DPE et aux pièces qui l'accompagnent (mandat, attestation RGE, factures de travaux) permet de croiser des éléments qu'un contrôle visuel isolé ne rapproche jamais — par exemple une date d'émission incohérente avec les métadonnées du fichier, ou une adresse qui ne correspond pas au reste du dossier. Cette approche ne remplace pas la vérification du numéro DPE sur l'Observatoire ADEME, elle la complète en traitant le volume de dossiers qu'une agence ou un syndic ne peut pas contrôler pièce par pièce à l'échelle humaine.

Pour les DPE transmis sous forme de scan recomposé ou de fichier généré numériquement, une couche additionnelle de signaux de génération IA déployée selon configuration client, en complément des contrôles structurels existants, s'applique aux DPE numérisés ou recomposés numériquement. Cette couche vient en renfort des contrôles réglementaires, elle ne prétend pas détecter tous les faux DPE : elle ajoute des signaux de génération IA en complément de vos contrôles existants, sur des dossiers où la falsification est de plus en plus difficile à repérer à l'œil nu. Pour les cas où le doute porte spécifiquement sur un contenu généré ou retouché numériquement, la détection de deepfakes et de contenus générés par IA permet d'aller plus loin que la simple vérification du numéro d'enregistrement.

Ce sujet du DPE s'inscrit dans une problématique plus large de fraude documentaire dans les dossiers immobiliers, aux côtés des faux devis de rénovation énergétique qui accompagnent souvent les mêmes opérations de mise aux normes, ou des irrégularités relevées lors de la vérification des documents d'un dossier immobilier par les notaires. Le guide sectoriel de vérification documentaire détaille les obligations propres à chaque secteur régulé, dont l'immobilier fait partie.

Ce que doivent vérifier agences, bailleurs et notaires

Un dossier locatif ou de vente comporte rarement un DPE isolé : il s'accompagne d'un mandat, parfois d'une attestation RGE si des travaux ont été réalisés, et de justificatifs financiers. La cohérence entre ces pièces est souvent plus révélatrice qu'un contrôle isolé du DPE. Un logement présenté avec des travaux d'isolation récents mais sans facture RGE correspondante, ou avec une étiquette énergétique qui s'améliore sans justification technique documentée, mérite une vérification renforcée avant la signature.

Pour les organismes de financement immobilier, le DPE conditionne aussi l'éligibilité à certains prêts et garanties, ce qui en fait une pièce à enjeu financier direct et non plus seulement réglementaire. Les obligations de vérification documentaire des agents immobiliers couvrent ce périmètre plus large, DPE compris, dans le cadre des obligations issues de la loi Hoguet. Une politique de contrôle homogène sur l'ensemble des pièces d'un dossier — et pas seulement sur le DPE — reste la meilleure protection contre une pièce isolée falsifiée qui passerait inaperçue au milieu d'un dossier par ailleurs complet.

CheckFile s'adresse aux professionnels de l'immobilier qui doivent industrialiser ce type de contrôle sur des volumes de dossiers croissants, avec un niveau de sécurité adapté aux données réglementées. La page tarifs détaille les formules disponibles selon le volume de dossiers traités.

Questions fréquemment posées

Comment savoir si un DPE est faux ?

Le seul moyen fiable consiste à saisir le numéro à 13 caractères du DPE sur l'Observatoire DPE-Audit de l'ADEME ; si aucun résultat n'apparaît, le diagnostic n'a jamais été enregistré et n'est pas opposable. Un écart brutal de classe énergétique entre deux DPE successifs sans travaux justifiés est également un signal d'alerte à vérifier auprès du diagnostiqueur.

Que risque un propriétaire qui loue avec un DPE falsifié ?

Le bailleur qui loue un logement en contravention avec le calendrier d'interdiction s'expose à des sanctions pour pratique commerciale trompeuse, jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende, en plus d'une possible action en responsabilité civile du locataire. Si la falsification intentionnelle du diagnostiqueur est établie, celui-ci encourt des poursuites distinctes pour faux et usage de faux.

Le DPE est-il opposable en cas de litige après achat ?

Depuis la réforme de 2021, le DPE est opposable, ce qui signifie qu'un acquéreur peut engager la responsabilité du vendeur ou du diagnostiqueur en cas d'erreur substantielle. Les recours possibles vont de l'action en garantie des vices cachés à l'action contre le diagnostiqueur dans les cinq ans suivant la découverte de l'erreur.

Pourquoi deux DPE du même logement peuvent-ils afficher des classes différentes ?

Un écart peut résulter de travaux réels effectués entre les deux diagnostics, mais aussi de méthodes de relevé différentes selon le sérieux du diagnostiqueur. Lorsque l'écart n'est justifié par aucun document de travaux et qu'il favorise systématiquement le vendeur ou le bailleur, la vigilance s'impose.

Quelles sanctions risque un diagnostiqueur qui falsifie un DPE ?

Sa certification est suspendue immédiatement, avec une interdiction de réinscription de 18 mois, portée à 24 mois en cas de récidive, et une inscription sur liste noire pour la même durée. En cas de falsification intentionnelle caractérisée, il encourt également des poursuites pénales pour faux et usage de faux, passibles de trois ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende.

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